ARTfrocentrismes Représentations artistiques et imaginaires de l'Afrique - 1 et 2 décembre 2011 au musée du quai Branly‏

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ARTfrocentrismes Représentations artistiques et imaginaires de l'Afrique - 1 et 2 décembre 2011 au musée du quai Branly‏

Message par Cécile W le Mer 23 Nov - 12:21

ARTfrocentrismes

Représentations artistiques et imaginaires de l’Afrique



Journées d’étude
Jeudi 1er et vendredi 2 décembre 2011
salle de cinéma, musée du quai Branly

Manifestation ouverte au public dans la limite des places disponibles





Depuis cinquante ans, l’Afrocentrisme est au centre des débats sur la présence noire dans le monde, la formation des identités culturelles noires et la constitution des savoirs sur l'Afrique. Le terme, apparu en 1962 sous la plume de l'historien africain-américain W.E.B. Du Bois, sert à désigner les courants intellectuels qui proposent une relecture de l’histoire mondiale d'un point de vue africain et célèbrent les racines culturelles africaines.



Les deux dernières décennies ont été marquées par des polémiques, parfois virulentes, concernant la pertinence de ces thèses afrocentristes au sein du champ académique. A rebours de ces débats, nous souhaitons, dans cette journée d’études, observer plutôt comment ces thèses ont été lues, interprétées, appropriées et réinventées par les individus et les communautés entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Quelles pratiques culturelles sont nées de ou ont contribuées à la formation de l’Afrocentrisme ? Et sur quels réseaux sociaux ces pratiques s’appuient-elles pour créer de nouvelles connexions entre Africains et Afro-descendants au sein de l’Atlantique noir ?



Afin de mener à bien notre réflexion, nous privilégierons l’analyse de l’impact et des répercussions de l’Afrocentrisme sur le champ artistique. Pierre angulaire des politiques du nationalisme culturel, qui, à partir des années soixante, forgèrent les discours afrocentristes contemporains, l’art nous apparaîtra comme un lieu stratégique dans la construction et la promotion d’une Afrique imaginée, utilisée comme source d’identifications complexes. Art plastiques et scéniques, musique, cinéma seront au cœur de notre approche et nous permettront d’analyser concrètement les élaborations d’afrocentrismes populaires, pratiques sociales et culturelles.



Comité d’organisation scientifique :

Julien Bonhomme (musée du quai Branly)

Sarah Fila-Bakabadio (Université Cergy-Pontoise)

Sarah Frioux-Salgas (musée du quai Branly)

Pauline Guedj (Université Lyon-2)



Organisation :

Anna Gianotti Laban

Responsables de la coordination des manifestations scientifiques, musée du quai Branly
anna.laban@quaibranly.fr

01 56 61 70 24






Programme



1 décembre



Matinée : 9h30-13h





Introduction :



Pauline Guedj (Maître de conférences en anthropologie à l’université Lumière Lyon 2



Sarah Fila-Bakabadio (Maître de conférences en civilisation américaine à Université de Cergy-Pontoise)





Discutant : Yannick Séité (enseigne la littérature Université Paris 7-Denis Diderot)





Vanina Géré (chargée de cours à l’Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Spécialiste d’art contemporain américain, elle réalise sa thèse sur Kara Walker)

40 Millions d’Afrocentrismes ?



Dans son ouvrage récent sur l’identité noire américaine, Who’s Afraid of Post-Blackness, le journaliste et écrivain Touré affirme que si la population afro-américaine s’élève à quarante millions d’individus, alors il y a quarante millions de façons différentes d’être noir(e) aux Etats-Unis. Récusant ainsi l’idée d’une vision monolithique, réductrice, de l’identité noire et le discours spécieux sur « l’authenticité » de l’expérience noire. Ainsi et en même temps, conformément à la tendance multiculturaliste de l’art contemporain, la pratique des artistes (afro-)américains se nourrit aussi bien du Bouddhisme japonais que du hip-hop, de l’art moderne européen que de l’artisanat sierra-léonais, de références culturelles noires que de la sculpture minimaliste. Dans ce paysage résolument métissé, américain au sens le plus positif du terme, quelle place l’afrocentrisme peut-il encore tenir dans l’art noir américain ? Force est de constater que qu’il ne fonctionne plus comme une matrice puissante comme il a pu le faire pendant la Renaissance de Harlem ou le Black Arts Movement. Pour autant, l’examen des racines culturelles africaines est toujours un thème prégnant dans la pratique de certains artistes, quand bien même il s’agirait de remettre en question le principe afrocentriste. De s’en emparer pour le mettre à distance. Voire d’envisager l’Afrique non plus comme un passé idéalisé, mais comme une présence contemporaine dans les arts visuels. Pour certains artistes, l’afrocentrisme aurait-il laissé sans ambages la place à une internationale noire décentrée ? En regardant des créations d’artistes américains de générations et de pratiques diverses, comme Chakaiah Booker, Willie Cole, David Hammons, Kori Newkirk, Glenn Ligon, Kara Walker et Kehinde Wiley, et sans chercher à généraliser sur des positions aussi variées que sont les leurs, sera postulé qu’il existe autant de positionnements, et de modes de réflexions sur l’afrocentrisme que d’artistes contemporains noirs américains.







Emmanuel Parent (post-doctorant ANR Improtech, chercheur associé au LAHIC) Afrocentrisme ludique et déconstruction de l'essentialisme racial dans le rap américain des années 1990



En 1988, le groupe de rap new-yorkais les Jungle Brothers sort un titre intitulé « Straight out the jungle ». Dans le clip, le rappeur Sammy B prévient d’emblée l’auditeur qu’il n’est pas une star, mais un « authentique frère de la jungle ». En se pavanant dans ce qui apparaît être une jungle tantôt urbaine, tantôt africaine, les Jungle Brothers déclinent les thèmes d'une supériorité toute africaine, qui, réintroduite sur le bitume new-yorkais, est à même de pétrifier l’Amérique blanche. En analysant ce clip de rap, on montrera comment l’afrocentrisme peut être l’objet dans le rap américain d’un traitement décalé et humoristique. On essaiera ce-faisant de mettre à jour la capacité de déconstruction des mythes raciaux propres aux États-Unis d’Amérique, qui se sédimente parfois dans la culture populaire américaine, et plus précisément dans l’humour « noir » américain.





Delphine Letort (maître de conférences au Laboratoire Langues-Littératures Linguistique, Université du Maine)

Sankofa (Haile Gerima, 1993) : Reconstruire la mémoire de l’esclavage



Sankofa est le huitième film du réalisateur éthiopien Haile Gerima, exilé aux Etats-Unis depuis 1967. Ses films attestent d’une double culture développée au contact de l’Amérique qu’il a intégrée avec une conscience d’autant plus aigüe de la Négritude que son arrivée coïncide avec l’émergence des mouvements nationalistes noirs. Sankofa témoigne à la fois de son américanité et de son africanité, symbolisés par le titre du film qu’il réalise aux Etats-Unis en 1993 avec le soutien de sa propre maison de production (Mypheduh Films, Inc) ainsi que de plusieurs fondations américaines (Rockefeller Foundation, MacArthur Foundation) et africaines (Commission du Ghana pour la Culture, DiProCi Television of Burkina Faso). Sankofa fait référence à un oiseau mythique dans la culture Akan : il vole vers l’avant, la tête tournée vers l’arrière, pour cueillir une perle dans son bec. Sa posture suggère qu’il faut retenir les enseignements du passé pour pouvoir avancer ; elle symbolise la vision cinématographique de Haile Gerima qui, dans Sankofa, adapte un récit d’esclave écrit par lui-même, pour en donner une version que d’aucuns qualifieront d’afrocentriste.







Après-midi : 14h30-17h30



Discutant : Christine Chivallon (anthropologue et géographe, LAM-CNRS, Bordeaux)



Carlo A. Célius (Historien et critique d'art)
De l’africanité dans l’art haïtien

La création plastique qui émerge en Haïti à partir des années 1940 suscite la production d’un discours articulé autour de la problématique de l’haïtianité. On cherche à déterminer en quoi l’art qui se fait est haïtien. On en établit les caractéristiques. Parmi celles-ci se dégage l’africanité. L’haïtianité est associée à l’africanité sur la base du fait qu’Haïti conserve une part significative d’africanismes (au sens d’Herskovits). On est allé jusqu’à mesurer le degré d’haïtianité à l’aune du degré d’africanité. Mais comment cela s’exprime-t-il concrètement dans les œuvres? Celles-ci traduisent-elles bien ce que le discours postule? Comment les artistes se positionnent-ils par rapport à cette question?



Alice Atérianus (anthropologue,CREA, Lyon)

Rapper l’Afrique « telle que je la vois avec mes yeux noirs » : Pratiques musicales et « afrocentricité » au Gabon.



En 1993, dans son livre « Hip-hop versus Maât : A psycho/Social Analysis of Values », le Professeur Jawanza Kunjufu, présente une critique du mouvement hip-hop étasunien, désigné comme la culture d’une classe inférieure, en contradiction avec les valeurs « africaines » qu’il envisage de mettre en avant. Le destin connu par la musique rap durant les deux précédentes décennies et sa réappropriation dans de nombreux pays africains ont depuis lors largement démenti les propos de ce tenant de l’afrocentrisme américain, particulièrement au Gabon où ce genre musical s’est fait le vecteur d’un mouvement de pensée et d’une démarche identitaire afrocentrés.

Cette intervention propose de décrire une forme d’afrocentrisme élaborée au travers des discours et de pratiques charriées par la musique rap au Gabon, et d’analyser les dimensions identitaires qu’elle comporte. Nous verrons comment cette pratique musicale se revendiquant de « l’afrocentricité » est portée par quelques acteurs inscrits dans des trajectoires transnationales, et comment elle se nourrit d’influences diverses, articulant une philosophie de l’histoire égyptocentriste à un nationalisme culturel incarné par plusieurs figures politiques africaines et afro-américaines. En réponse à des désirs de ruptures vis-à-vis de complexes identitaires hérités de la domination coloniale et d’une situation postcoloniale inégalitaire, ces rappeurs s’investissent d’une mission d’enseignement à la jeunesse d’une connaissance de l’Afrique alternative à celle « décrite avec des yeux bleus », et l’incitent à une démarche d’« enracinement » et de « retour aux sources » africaines passant parfois par les voies de l’initiation religieuse.





Andrew Apter (UCLA, Anthropology)

Beyond Négritude: Blackness and the North African Question in FESTAC 77





When Nigeria hosted FESTAC 77 to celebrate the cultural foundations of the “Black and African World,” it was fashioned after Senghor’s festival mondial des arts nègres held in Dakar eleven years earlier. What began as an alliance between festival co-patrons, however, soon developed into a divisive debate over the meanings and horizons of black cultural citizenship. At issue were competing Afrocentric frameworks that clashed over the North African question. Should North Africans fully participate, as Lt-Gen. Olusegan Obasanjo maintained, or should they merely observe as second class citizens, as Leopold Sédar Senghor resolutely insisted? If Nigeria’s expansive and inclusive vision of blackness was motivated and underwritten by its enormous oil wealth, Senghor refused to compromise his position, precipitating a face-off that ultimately lowered Senegal’s prestige. To understand why North Africa became the focus of these competing definitions of blackness, we turn to the 1969 Pan-African Cultural Festival in Algiers, where négritude was disclaimed as counter-revolutionary. Placed within a genealogy of Afrocentric festivals, the struggle over North Africa in FESTAC 77 shows that the political stakes of black cultural citizenship were neither trivial nor ephemeral .







2 décembre



Matinée : 10h-13h



Discutant : Pauline Guedj



Christine Douxami (MCF, Université de Franche-Comté ; Chercheur au Centre d’Etudes Africaines, EHESS-IRD)
Afro-centrisme et négritude ou comment imaginer l'Afrique au théâtre pour les Afro-descendants au Brésil, en Europe et aux États-Unis?

L’Afrique, dans des conditions de déplacements diasporiques constitue avant tout un espace idéel. Référence plus que réalité, l’Afrique rêvée est transportée dans l’imaginaire théâtral des metteurs en scène. Souvent militants du mouvement noir, artistes engagés, les metteurs en scène et les écrivains de théâtre vont donner leur regard sur l’Afrique. A partir d’une longue connaissance de la situation des Afro-brésiliens nous aborderons les situations de l’Europe et des États-Unis, au regard de l’incontournable spécificité de chacun de ces continents ou pays-continents quant à l’affirmation identitaire « afro » liée, ou non, à l’afrocentrisme.

Pascale Berloquin (chargée de cours en Sociologie et en Anthropologie a l'Université de Paris X-Nanterre)

Black is beautiful : une source d’inspiration trop populaire pour les créateurs de Mode noirs aux États-Unis ?



L'expression vestimentaire de l'élan afrocentrique depuis la fin des années 1960 aux Etats Unis est populaire, de l'ordre du look et relève de l'ostentation d'une revendication identitaire (politique). Paradoxalement, à l'aune de la création vestimentaire de luxe, de l'ordre du chic, cet argument s'avère exceptionnellement mobilisé par la presse noire (Ebony, Essence Magazine,…) qui présente les créateurs noirs -Black Designers. L’interprétation d'une dilution identitaire noire dans le but d’intégrer un champ professionnel spécifique s’avère ébranlée par le succès de la tendance ethnique observée sur les podiums internationaux dès la deuxième moitié des années 1990. Elle place en effet les éléments "traditionnels" africains au top du chic (Kenzo, Jean-Paul Gaultier,...) et modifie concrètement la nature des connexions entre Africains et Afro-descendants dans ce champ de la création.



Anna Schrade (Senior Research Fellow, Iwalewa Haus, Africa Center of the University Bayreuth, Germany)

Contesting Afrocentrism and Eurocentrism: Afrodiasporic Imaginations in Contemporary Art



My paper investigates selected artworks by contemporary “Afro-European” visual artists and examines their potential to contest and transform not only dominant European self-conceptions and the principles of inclusion upon which they are built but also afrocentric conceptions of black cultural identities which tend to operate within quite the same binary constructions that were historically established by European colonialism. In contrast, the works presented here, seem to anticipate an imaginative point of view which insists on sometimes very personal entanglements between Africa, America and Europe while – through a shift in perspective – enabling an aesthetic experience of difference beyond established power relations. As such they undermine dichotomies of “us” and “them” and offer numerous possibilities for responding to the frequently heard demand for transcultural art history and visual studies.


Cécile W
Admin

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ED /EA: 267 Arts et médias/ Ircav/ EnsadLab
Thèmes de recherche: Esthétique et muséologie de l'art contemporain / Le récolement et la conservation des objets numériques/ L'histoire de l'image de synthèse en France.
Date d'inscription: 15/12/2010

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