Anti-Doctorat ???

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Anti-Doctorat ???

Message par RichardC le Ven 17 Oct - 23:50

Bonjour,

Je viens de lire les commentaires concernant le site Anti-doctorat.

Curieusement, le site visé sur le lien que vous signalez sur Google a disparu, et même si on "google" juste l'expression "Anti-doctorat", cela ne mène a rien.
Pourriez-vous me dire où trouver cette information? J'ai l'impression que cela peut-être important de le lire.
Merci!

Cordialement,

RC

RichardC
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Re: Anti-Doctorat ???

Message par CecileC le Ven 24 Oct - 14:36

LE site a effectivement disparu. Mais de nos jours, rien n'est perdu... en voici la copie intégrale :

Anti-doctorat a écrit:Ne faites pas de doctorat (mai 2011)

L'objectif de ce billet unique est de prémunir les futurs doctorants
en sciences humaines de toute déconvenues, regrets et vains espoirs.
Il faut peut-être pour cela affirmer clairement que dans la grande
majorité des cas, il ne faut surtout pas se lancer dans un doctorat
malgré toute la pression bienveillante qu'il puisse y avoir entre
l'étudiant et les enseignants-chercheurs qu'il fréquente. Ce billet
touchera (de loin, très loin) aussi les graves lacunes et injustices
du recrutement dans l'enseignement supérieur. Dans l'état actuel des
choses : mieux vaut ne pas faire de doctorat à moins de cadrer avec
les deux conditions suivantes : être normalien agrégé ou bien faire un
doctorat en amateur, en ayant déjà un emploi, si possible dans
l'Éducation nationale. Pour les autres, même en disposant d'une
allocation de recherche, le parcours est non seulement bouché mais on
risque d'y perdre bien plus que du temps. Telles sont les réflexions
d'un docteur aigri, ayant plus que son quota de publications
nationales et internationales, enchaîné 2 post-doctorats, effectué
moult enseignements, et qui a décidé de laisser tomber (aujourd'hui
recruté dans un tout autre domaine).

Aspect n°1 : objectifs d'un doctorat

Un doctorat a principalement deux objectifs : réaliser un travail de
recherche très approfondi sur un domaine précis, souvent passionnant,
pour lequel le doctorant se donne littéralement corps et âme pour
aboutir. Sur au moins trois ans, le doctorant connaît de multiples
nouvelles expériences grâce auxquelles il sera en mesure de faire
connaître ses travaux : communications académiques, publication dans
des revues, enseignements en faculté, séminaires, mais aussi des
voyages, des projets internationaux, bref, un énorme enrichissement
personnel dont, d'ailleurs, les entreprises de toutes sortes devraient
tenir compte dans leurs recrutements.

L'autre objectif du doctorat est de trouver un emploi tout en ayant en
poche le plus haut diplôme possible. Je rappelle que nous parlons ici
de sciences humaines. Malgré des tentatives très peu crédibles (pour
un docteur en philo par exemple) de "valorisation" du doctorat,
organisées par les universités elles-mêmes, les entreprises ne
recrutent que très rarement dans ce secteur (sauf expérience
professionnelle significative en plus du doctorat). En conséquence, le
débouché classique d'un doctorat en sciences humaines est
l'enseignement et la recherche (université, centres de recherches,
ingénieur d'études....).

Aspect n°2 : conditions du doctorat

Comme c'est souvent le cas dans l'enseignement supérieur, il existe
différents statuts pour une seule et même activité. Ainsi les
doctorants ne sont pas tous les mêmes :

La voie "universitaire classique" : recruté parmi les meilleurs de sa
promotion, et suivant la politique du laboratoire d'accueil, un
étudiant est autorisé à soumettre un projet de thèse, avec un
professeur-maître du doctorat. Ce projet est évalué par une commission
qui va éventuellement statuer pour accorder une allocation de
recherche (un salaire -- que certains nomment "bourse de thèse", mais
il s'agit bien d'un salaire) valable au maximum trois ans. Le
doctorant peut compléter cette allocation (généralement indexée sur le
smic) par une rémunération complémentaire d'enseignement, c'est le
monitorat : des enseignements généralement effectués sous forme de
travaux dirigés auprès des étudiants.

La voie normalienne : le doctorant est un normalien (de l'École
Normale) qui, disons-le, n'est pas franchement motivé par
l'enseignement du secondaire, contrairement à ce à quoi aurait dû le
préparer sa formation initiale. Il dispose, après un concours de
l'enseignement secondaire (CAPES ou agrégation) d'une mise à
disposition lui permettant, suivant le salariat octroyé depuis son
entrée à l'École Normale, d'effectuer un doctorat. Il effectue aussi
des enseignements à l'université qui, assez paradoxalement, lui valent
son année de stage que normalement il devrait faire au lycée ou
collège.

Le doctorant sans ressources : les doctorants sans ressources
représentent une majorité des doctorants en sciences humaines. Ils
doivent travailler à côté de leurs recherches pour pouvoir vivre et
avoir un toit. Les conditions de recrutement de ces doctorants sont
très sournoises : un professeur accepte de suivre les travaux du
doctorant (ce qui suppose une prime pour l'enseignant) sans toutefois
s'engager aussi fortement qu'avec un doctorant allocataire-moniteur.
Les doctorants figurant dans une telle situation ont parfois la
possibilité de soumettre des projets de recherche, de glaner quelques
vacations de recherche ou d'enseignement, mais quoi qu'il en soit,
leur situation ne leur permettra JAMAIS d'acquérir autant d'expérience
que les deux premières catégories. Quant à la durée de leur doctorat
(cf plus bas), elle s'allongera d'autant que les contraintes
financières seront dures. Ce qui se solde la plupart du temps par un
abandon pur et simple.

Le doctorant "amateur" : c'est certainement le doctorant le plus
heureux puisqu'il dispose de revenus et de temps qui lui permettent
d'effectuer un doctorat dans des conditions confortables. Il ne subit
pas la pression du "publish or perish", du moins elle est relative à
ses ambitions. Il a déjà un emploi (souvent il s'agit d'enseignants du
secondaire), et s'il passe un bon doctorat, pourra candidater sur des
postes sans subir la crainte du chômage.

Enfin, normalien, "simple" allocataire-moniteur, et enseignant du
secondaire sont les trois catégories pouvant profiter des postes
d'Agent Temporaire d'Enseignement et de Recherche (ATER), d'une durée
renouvelable deux fois (plus pour les enseignants du secondaire). Ce
qui amène en tout, et en moyenne, à 5 années la durée possible d'un
doctorat tout en étant rémunéré (il existe toujours des possibilités
d'allongement comme des "faux" post-doctorats octroyés pour permettre
une soutenance imminente).

Les conditions d'obtention de ces subsides, pour ce qui concerne les
doctorant de la voie "classique", sont bien entendu toujours
discutables. Autant l'obtention d'une allocation de recherche repose
le plus souvent sur les capacités du candidat ayant fait ses preuves
en master, autant les autres possibilités (ATER, post-doctorat,
vacation sur projet de recherche) reposent sur la bonne volonté des
encadrants. Autant dire qu'il faut absolument choisir le "bon"
directeur de thèse dès le départ : c'est lui qui soumet des projets de
recherche ayant une chance d'être sélectionnés par les instances de
financement (type ANR), c'est lui qui sera capable de manoeuvrer
efficacement pour "ramener" un poste d'ATER vacant pour son candidat.
Évidemment, ce genre de considérations sont difficiles à admettre
lorsqu'on en est au tout début de son doctorat : on recherche en
premier lieu le directeur qui travaille sur le domaine de
prédilection. Mais ce n'est pas suffisant. En d'autres termes, mieux
vaut cibler des thèmes de recherche non pour leur intérêt scientifique
mais en fonction de la renommé du directeur de thèse, et les
opportunités qu'ils génèrent. Encore en d'autres termes, il vaut mieux
faire des recherches dans une communauté qui "marche", c'est à dire
dans un réseau éprouvé, bien situé du côté des instances, que dans un
domaine trop nouveau ou une niche où les recherches peuvent être
vraiment novatrices mais où les financements ne sont pas légion.

Aspect n°3 : Promesses et mensonges

Comme dans tous les domaines professionnels, il faut toujours se
méfier de ce que l'on vous dit. Le choc est d'autant plus rude pour
les jeunes doctorants fraîchement sortis d'un master.

Il faut d'abord savoir qu'un doctorant apporte un gain significatif
pour un laboratoire de recherche. Ce dernier étant évalué par des
instances (par exemple l'AERES), le nombre de thèses en cours lors de
l'évaluation est important. De même, l'Université octroie un peu de
subsides au laboratoire en fonction du nombre de statutaires (et un
doctorant est statutaire dans un laboratoire). Par ailleurs, un
professeur touche une prime d'encadrement pour une thèse.

Il faut mettre cela en perspective avec le nombre d'allocations de
recherche disponibles dans les Écoles doctorales en sciences humaines:
un très faible nombre à partager entre plusieurs laboratoires. Tout le
jeu de certains chercheurs consistera donc à recruter des doctorants à
financer sur des projets de recherche (quand il y en a). C'est un type
de financement très variable, souvent assez faible, ne donnant pas
droit au complément du monitorat. Par ailleurs le fait de ne pas
pouvoir accéder au monitorat, signifie aussi ne pas pouvoir acquérir
de Certificat d'aptitude à l'enseignement supérieur dispensé par le
CIES (Centre d'Initiation à l'Enseignement Supérieur) qui accueille en
formation les moniteurs. Encore un traitement inégal puisqu'il arrive
souvent à des doctorants non financés d'effectuer des TD.

Les promesses sont nombreuses : promesse de l'obtention d'un
financement alors même que le dossier n'est pas encore soumis aux
instances, promesse de vacations nombreuses, etc. Qu'il s'agisse de
stratégies avérées ou d'une sincère bonne foi de la part des
professeurs, l'objectif est souvent de convaincre le doctorant non pas
de faire une thèse mais qu'il est possible de se lancer dans cette
aventure sans disposer d'allocation proprement dite. L'effet est
d'autant plus encourageant que les perspectives ne sont guère
nombreuses en sortant d'un master. Et l'on se dit qu'en attendant de
trouver mieux, commencer un doctorat n'engage à rien et que les
concours de l'enseignement sont toujours accessibles.

Surtout ne pas insister. En l'absence de ressources financières dûment
établies, il est strictement inutile et même contre-productif de se
lancer dans un doctorat. Mieux vaut effectuer une formation
complémentaire d'un ou deux ans.

Durant le doctorat, les promesses sont d'autant plus difficiles à ne
pas croire qu'il est hors de question d'abandonner le travail mené
jusqu'alors. Il est très courant, par exemple, qu'après plusieurs
années de doctorat, l'allocation arrivant à terme, on promette au
doctorant un poste d'ATER voir, là encore, des vacations ou une
rémunération sur projet de recherche. S'il y a un adage à respecter
quoi qu'il arrive : ne jamais tenir compte des promesses et ne rien
entamer avant d'avoir un document daté et signé par une autorité. Il
en va de même, et surtout, pour les promesses de recrutement sur poste
d'enseignant-chercheur! Un conseil, donc, au bout des trois ans
couverts par l'allocation de recherche, le doctorant doit absolument
être en mesure de soutenir sa thèse. La plupart du temps, en fait,
c'est tout en pointant à Pôle Emploi que les thèses se soutiennent. Le
pire, dans ce genre de situation, est la remarquable indécence (à
moins que ce en soit que de la pure bêtise) de certains
enseignants-chercheurs. Je crois en effet avoir tout entendu.

Extraits :
"vous êtes en couple, votre amie a-t-elle un emploi?"
"vous allez pouvoir tenir avec les allocations chômage car vous y avez
droit pendant deux ans, donc ca vous fait deux ans supplémentaires
pour vos recherches"
"combien aurez vous avec le chômage? on va pouvoir compléter un peu
avec quelques vacations"
etc.

Le tout est de bien comprendre qu'en faisant un doctorat tout en étant
au chômage, en plus d'être précaire, vous ne cotisez pas à la retraite
et vous gaspillez du temps de chômage à ne pas chercher d'emploi. Par
ailleurs, il se développe tout un jeu sournois avec Pôle Emploi,
consistant à faire croire qu'on cherche un emploi alors qu'on est au
labo à bosser ses recherches.

Aspect n°4 : Durée du doctorat

Si l'on s'en tient aux termes du contrat d'allocataire-moniteur, une
thèse de doctorat devrait être soutenue au bout de trois ans. Les
poste d'ATER, qui en fait sont des remplacements de postes vacants, ne
sont là que pour permettre au nouveau docteur de publier davantage,
préparer les concours de recrutement, diffuser ses travaux de thèse.

Dans la pratique, trois années de thèse en sciences humaines ne sont
pas suffisantes. Mais la raison n'est pas la particularité du domaine
d'étude :

aucun jury de concours n'est prêt à reconnaître qu'une thèse soutenue
avec brio en trois ans est une gage d'excellence de la part du
candidat. Cela n'entre tout simplement pas dans les critères
d'appréciation. Aussi bien, un docteur ayant soutenu sa thèse en 8 ans
aura autant de chance que le premier.

"on" raconte qu'en sciences humaines, il est impossible de soutenir
une thèse en 3 ans. La raison est évidente : à la différence des
sciences dites "dures", le sujet de thèse est bien souvent laissé au
candidat qui doit lui même, durant au moins un an, élaborer son sujet
d'étude, effectuer un gros travail de localisation des sources, et
évaluer la faisabilité de sa thèse. En d'autres termes, si les sujets
(ou les thèmes) de thèse ne sont pas disponibles pour les doctorants,
c'est parce que les enseignants-chercheurs n'effectuent tout
simplement pas leur premier travail d'encadrant : donner des
directions fiables, voire même un corpus, pour que doctorant puisse
entamer ses recherches le plus rapidement possible. En histoire, par
exemple, l'accès aux sources est souvent très difficile. Cela demande
du temps. Mais il faut aussi comprendre que le partage des ressources
sur des sujets proches n'est pas chose courante et que les prés carrés
des chercheurs sont considérés par eux comme des propriétés privées, à
cause de l'aspect hautement concurrentiel de leurs recherches
(exacerbé par les commissions d'évaluation).

Pour candidater une première fois sur des postes
d'enseignant-chercheur, il faut être inscrit auprès du Conseil
National des Universités (CNU) qui validera les compétences du
candidats au regard d'une section (discipline) du CNU. Pour cela, la
crédibilité d'un dossier repose sur des publications, des thèmes de
recherches, la qualité de la thèse, etc. Ensuite c'est au tour des
concours de s'ouvrir selon des profils souvent très restreints avec un
grand nombre de candidats potentiels. C'est aussi pour ces raisons que
la durée d'une thèse devra s'allonger : à quoi bon soutenir une thèse
si l'on n'a pas assez de matière dans le CV pour être qualifié au CNU
et se présenter décemment à un concours? Même si la thèse est
soutenue, il faudra de toute façon publier. Par conséquent, pourquoi
soutenir tôt si, entre les publications, la thèse peut encore être
enrichie, et devenir meilleure? Il faut pourtant dire que c'est là un
beau mirage. Premièrement parce que les seules personnes à lire
attentivement votre thèse sont les membres du jury de votre thèse et
votre directeur. Les recruteurs, eux, ne la liront jamais par simple
manque de temps et au vu du nombre de candidats. Deuxièmement, s'il
suffisait de rallonger la durée de la thèse pour qu'elle devienne
meilleure, cela se saurait depuis fort longtemps.

Pour conclure sur le point de la durée du doctorat, sachez qu'il dure
systématiquement plus de trois ans. Durant cette période il faut être
solide, non pas pour travailler, ce qui est chose normale, mais pour
faire face à des situations financières difficiles et toujours dans
l'incertitude.

Aspect n°5 : Droit du travail

Dans le monde universitaire, oubliez le droit du travail. Si
l'université était soumise à une surveillance de la part des
inspecteur du travail, elle serait sans doute leur pire cauchemar.

Les femmes enceintes. Il est proprement délirant qu'au 21e siècle on
doive affirmer qu'une doctorante qui tombe enceinte durant son
doctorat risque d'avoir les pires ennuis. Ces ennuis se manifestent de
différentes manières : cela va de l'encouragement (voir les menaces) à
abandonner la thèse ("tu verras, c'est trop dur, et puis quand ton
enfant naîtra tu seras en plein de les concours de recrutement, tu
n'auras pas le temps de publier", etc.) à la particularité selon
laquelle une allocation de doctorant permet les congés maternité...
mais n'est pas prolongée d'autant ! si vous tombez enceinte durant
votre doctorat et que vous bénéficiez d'une allocation de recherche,
vous n'aurez pas plus de temps que les autres. C'est normal :
l'allocation de doctorat est un contrat d'un an renouvelable deux
fois!

Justement, à propos des contrats : tous les contrats que vous pourrez
avoir à l'université sont des CDD avec possibilité ou non de
renouvellement. En gros, si vous obtenez une allocation de doctorat,
puis deux postes d'ATER, puis une allocation de recherche sur un
post-doctorat, cela fait 6 contrats CDD. Pas mal, lorsqu'on considère
un instant que les entreprises privées sont obligées d'embaucher sur
CDI après deux renouvellements. Et encore, je ne cite pas les nombreux
contrats de vacations et même la baisse de salaire induite après les
trois ans d'allocataire-moniteur lorsqu'on obtient un poste d'ATER
(souvent à mi-temps car il faut "partager" avec les autres doctorants
précaires) ou un (voire plusieurs) soit-disant post-doc au Smic. Sur
ce dernier point, réflexion amusante : -- "écoute, on ne va pas
déclarer ce contrat comme post-doctorat car la rémunération dépassera
le budget du projet, donc on va rémunérer sur la base de vacation au
niveau ingénieur d'étude à mi-temps, mais ne t'inquiète pas, ce sera
reconnu comme post-doc"... sauf que sur le contrat de travail, ce
n'est pas le bon intitulé et à la fin du moins le montant n'est pas
énorme.

A propos du temps de travail, j'ai mentionné les postes à mi-temps. Un
ATER à mi-temps, un pseudo "post-doc" à mi-temps : tous ces mi-temps
ne le sont que sur le papier bien entendu! Il est évident que votre
rythme de travail est le plus-que-plein-temps ! Réflexions entendues
"tu sais, si nous faisons cela pour l'argent, on ne serait pas ici",
mieux vaut entendre cela que d'être sourd.

Les encadrants eux-mêmes (les enseignants-chercheurs statutaires) se
fichent du droit du travail comme de leur dernière chemise. Nous
l'avons vu avec la délicate question de la maternité. Il ne faut pas
non plus négliger les formes de harcèlement sexuel et moral d'autant
plus fréquents que la position de l'encadrant par rapport au thésard
est une position très fortement dominante et les moyens de pression
sont nombreux : la publication d'un article, la possibilité de
recommander le thésard auprès des autres confrères, l'introduction du
thésard dans une conférence, etc.

L'argent est conçu comme un moyen et non comme une fin. La problème
est que tout travail consiste à vendre sa force de travail contre un
autre capital, l'argent. A l'université, ces considérations sont
négligeables. Premièrement parce que certains ne considèrent pas votre
doctorat comme un travail. Or c'est bien le cas, puisqu'avec vos
recherches, vos publications et votre présence, vous faites rayonner
le labo et l'université dans laquelle vous travaillez, vous ramenez de
l'argent au laboratoire, et vous augmenter la productivité de ce
laboratoire. Néanmoins, il n'est pas rare de rencontrer des
enseignants-chercheurs qui considèrent que votre allocation de
recherche est une simple bourse dans laquelle vous avez à puiser
lorsque vous devez vous rendre à un colloque, faire un travail
d'archive, ou voyager dans le cadre d'un partenariat quelconque. Tout
dépend en fait de la richesse de votre laboratoire. Dans la plupart
des cas, bien sûr, les frais vous seront remboursés, mais il ne faut
pas avoir peur de dépenser vous même de l'argent pour votre travail
car les obstacles sont nombreux où l'on considérera que c'est à vous
de faire des efforts financiers.

Le lieu et les outis de travail sont sans doute les aspects les plus
effarants. C'est assez simple : dans une université riche ou un
laboratoire disposant de bons moyens (entre parenthèse c'est là que
vous devez faire une thèse, puisqu'il s'agit donc de laboratoire
efficaces), vous aurez un bureau avec un ordinateur, de quoi imprimer
et toutes les fournitures nécessaires. Sachez cependant que c'est très
rare. Dans la plupart des cas, vous devrez travailler chez vous, avec
votre machine et votre matériel, avec votre chauffage, votre
électricité et votre téléphone. Pour les déplacements, nombreux, le
portable sera sans doute le votre et si vous vous le faites voler,
c'est votre problème.

Aspect n°6 : Recrutements

Dans la mesure où seuls votre directeur de thèse et votre jury, votre
entourage proche et quelques collègues liront votre thèse, à quoi
sert-elle ? A trois choses : valider votre doctorat, servir de support
pour publier quelques résultats de vos recherches, et à se faire
cataloguer. Ce cataloguage est de loin l'aspect le plus sournois. Les
recrutements se faisant sur la base de profils très détaillés, si
votre thèse (cad. le résumé de votre thèse) ne rentre pas dans les
clous du profil sur lequel vous candidatez, ne vous faites aucune
illusion. Quand au possibles orientations multiples (par exemple
soutenir une thèse dans le sous domaine Xa et publier aussi dans le
sous domaine Xb), elles seront bien souvent très mal comprises par les
commissions de recrutement qui cherchent avant tout -- on ne sait
pourquoi -- une "cohérence" dans votre profil.

Il faut bien comprendre ce qu'est une commission de recrutement
aujourd'hui : un jury composé d'enseignants-chercheurs, ne disposant
pas forcément du temps nécessaire à l'étude sérieuse des dossiers de
candidatures, et surtout qui n'ont jamais été formés à l'exercice
particulier du recrutement, propre au management et aux ressources
humaines. Si bien que, outre quelques critère d'ordre quantitatifs
(nombre de publication, par ex.), les critères de recrutements sont
exagérément flous. On attend du candidat qu'il expose ses recherches,
on lui pose quelques questions de fond (qui sont plus de la curiosité
que de l'évaluation proprement dite: si le candidat est auditionné
c'est qu'il est censé maîtriser son sujet), et la sacro-sainte
question : "si vous êtes recruté, pensez-vous venir habiter dans cette
ville?", à laquelle tout le monde répond : "mais bien sûr!".

Ajoutons à cela, pour y voir plus clair, comment sont établis les
profils de poste. C'est simple : en fonction des candidats
"pressentis"... quand parfois ce ne sont pas eux-mêmes qui "aident" un
laboratoire à établir le profil!
Vous l'aurez compris : en matière de recrutement, il vaut mieux faire
partie des candidats pressentis. Tels sont les candidats qui sont déjà
sur la place (récemment recruté comme ATER dans le labo en question,
par exemple), ou, s'ils ne sont pas sur place, sont très proches du
laboratoire (organisation commune de séminaires, co-écriture
d'articles avec certains membres, post-doctorat effectué dans ce
laboratoire, etc).

Les critères qu'on pourrait juger d'excellence sont très rarement
évalués sur le même pied d'égalité. Au contraire, un candidat
disposant de tels atouts, jugé meilleur scientifiquement que le
candidat pressenti, aura tout le mal possible à se faire recruter,
voire même auditionné (beaucoup de candidats ne sont pas auditionnés
car leur dossier est tel que certains membres du jury auraient, en
comparaison, toutes les peines du monde à faire valoir leur poulain
local). Ces critères peuvent être par exemple : un post-doc effectué
à l'étranger (ce qui signifie qu'on ne "connait plus" le candidat, pas
assez présent en France), des publications internationales en espagnol
ou en anglais (il arrive très souvent que les recruteurs ne savent
pas, ou ne prennent pas le temps, de lire des publications en anglais,
surtout lorsque, comme c'est la cas dans les "humanities", il s'agit
de textes assez longs). D'autres critères : la courte durée d'une
excellente thèse, les compétences annexes du candidat (qu'est supposé
avoir le candidat pressenti), etc.

Au lieu de cela, on trouvera des critères dits de "préférence". Ainsi
: la connaissance du candidat, le fait qu'il soit d'un âge avancé et
qu'il a déjà été classé plusieurs fois sur des postes (il "faut" donc
le recruter car sa ténacité est censé être un gage d'efficacité), le
thème franco-français de ses recherches (c'est typique en histoire où
entre deux approches on préférera celle qui nous parle de notre bonne
vieille France), le sexe du candidat (hé oui, certains labo trop
masculins mettent un point d'honneur à chercher à recruter des membres
féminins pour rétablir l'équilibre, ce qui n'est pas en soit
condamnable, mais ne devrait pas entrer en ligne de compte pour un
concours public).

Enfin, last but not least : le fait que le candidat soit titulaire ou
pas d'un concours de l'enseignement secondaire. Ca, c'est vraiment le
couperet. La raison en est que très souvent, les profils mentionnent
que le candidat devra effectuer des cours de préparation au CAPES ou à
l'agrégation. Par conséquent, il doit posséder ce niveau. Par contre
ce qui est rarement dit, c'est que les membres du jury eux-mêmes
considèrent comme un gage de qualité les candidats qui disposent d'un
tel concours sans pour autant que cela soit nécessaire. Cela met
évidemment les candidats provenant de l'Ecole Normale en situation
fortement avantageuse au détriment de l'aspect novateur des recherches
elles-mêmes (car très fortement académiques à l'heure où l'on prône la
pluridisciplinarité et l'innovation). Si l'on se concentre sur les
critères purement quantitatifs, il arrive très souvent que les
normaliens recrutés aient un nombre de publication bien moindre que
d'autres candidats non normaliens... Mais un normalien recrutera de
préférence un normalien.

Vous l'aurez compris, si vous voulez être recrutés dans l'enseignement
et la recherche, le meilleur profil est celui du normalien agrégé.
Cela fini d'ailleurs par coûter cher à notre université, puisqu'il
s'agit la plupart du temps de personnes désirant avant tout ne pas
enseigner au collège et au lycée, qui feront d'excellent préparateurs
aux concours mais au détriment du défrichement de nouveaux champs de
recherches. C'est un jugement général, mais il met au moins le doigt
sur un gros problème : on admet presque n'importe qui à faire une
thèse, s'il est bon, on l'encourage à se présenter aux concours, pour
qu'il s'aperçoivent finalement que lorsqu'il a lui-même quitté le
lycée il aurait dû faire une grande école...

Aspect n°7 : pendant ce temps-là

En attendant d'être recruté, la première option est bien évidemment
celle du chômage. Il suffit de se rendre à Pole Emploi pour s'entendre
dire : "encore un docteur!". Généralement, on ne viendra pas vous
chercher des poux pour la simple et bonne raison que vous allez finir
par obtenir un petit contrat dans un laps de temps assez court (pas
plus d'un an). Ce petit contrat, ce sera sans doute un post-doctorat,
ou une vacation sur un projet de recherche. Mais la condition à cela,
c'est de s'accrocher : venir travailler au labo, publier, faire des
communications, même en étant au chômage (donc travailler pour la
recherche publique en coûtant vraiment pas cher à l'Etat). Cela vous
permettra de vous montrer, signaler votre présence et faire en sorte
que l'on vous associe à un projet où vous pourrez glaner un contrat.
Concernant les post-doc, c'est assez simple : ils vont se multiplier
jusqu'au jour où vous même en aurez marre. Guerre d'usure.

Si vous ne vous faites pas recruter dans les 4 ans qui suivent votre
soutenance de thèse, le mieux est encore d'abandonner et réserver les
post-doc à la recherche d'emplois non académiques (hé oui: tout ca
pour ca).
Entre votre première embauche comme allocataire-moniteur jusqu'à la
fin de votre second post doc, cela fait huit ans de recherches, à être
beaucoup plus productif que les enseignants-chercheurs de plus 45 ans,
à entamer des recherches prometteuses mais que personne ne poursuivra
après vous.

En conclusion : ne surtout pas culpabiliser lorsqu'on ne vous recrute
pas, et éviter le sacerdoce. Si l'on vous a fait croire que la
recherche était ce qu'il y avait de plus important au monde,
dites-vous bien que ce n'est vraiment pas le cas et que les résultats
de vos recherches ne valent pas le sacrifice d'une vie familiale, de
l'amour-propre, et encore moins de votre fierté. Et puis merde!

Aspect n°8 : rhétorique

Tous les aspects mentionnés ci-dessus peuvent être démontés les uns
après les autres.

"personne ne vous a obligé à faire une thèse et encore moins à
poursuivre dans de telles conditions". C'est l'évidence même. Mais
très rares sont les étudiants ayant une visibilité claire de ce qui
les attend pendant et après un doctorat, on se garde bien de faire de
al mauvaise publicité. Quant à abandonner un doctorat, c'est sans
doute la pire des choses: 1. on le regrette et c'est un échec 2.
l'abandon est vraiment un très mauvais point sur un CV.

"tout le monde a autant de chance d'être recruté. Si on est bon, c'est
gratifiant". Là c'est entièrement faux. Outre les aspects discutables
des procédures de recrutement, il faut tout de même reconnaître un
principe évident : une fois la thèse soutenue avec une mention
d'excellence, plus 5 ou 6 publications internationales (dans des
revues de renom, classées), je ne vois pas comment on pourrait être
"plus bon". Le problème est structurel : il y a trop de jeunes
docteurs, beaucoup trop par rapport aux postes proposés. Comme il y a
pléthore de candidats, ce ne sont plus les critères d'excellence qui
priment. Le recrutement local de jeunes docteurs ayant peu
d'expérience et de publications devient alors paradoxalement le mode
de recrutement le plus courant (et ce même avec la récente réforme des
comités de sélection), car tout recrutement n'est pas une affaire de
compétences mais une affaire de politique interne et d'enjeux de
pouvoirs.

"si tu es recruté un jour, tu verras, c'est un super boulot". Et bien
pas tant que cela. Mais il existe tout un refrain qui consiste à vous
faire envier ce sacro-saint poste à vie et vous focalisez toute votre
énergie dans cette direction. Cela est d'autant plus grisant qu'au
long de vos communications scientifiques on vous dira toujours (sauf
exception) que ce que vous faites est "très intéressant" et que l'on
aimerait vous "convier à un projet de recherche sur...". C'est là
qu'il ne faut surtout pas se tromper et, comme on dit, ne jamais
mettre tous ses oeufs dans le même panier. Un tout dernier conseil, si
vraiment vous tenez à faire un doctorat, dès le premier jour, cherchez
aussitôt à diversifier vos compétences en travaillant dans un autre
domaine. Cela vous permettra de tempérer largement vos ardeurs,
prendre beaucoup de recul, et ne pas culpabiliser.

CecileC
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Re: Anti-Doctorat ???

Message par RichardC le Jeu 30 Oct - 0:46

Bonsoir,

En effet, c'est intéressant. Il y a une part de vérité qu'il est important de connaître.

Je te remercie beaucoup, CécileC, pour ta réponse.

Bien amicalement,

R C

RichardC
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Re: Anti-Doctorat ???

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